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INFORMATIONS

Chant : Christophe | David
Guitare :
David
Basse : Fred
Batterie : Yannick

Style musical : Grind
Origine : Strasbourg, France
Formation : 1990
Site officiel :
Inhumate.com


INTERVIEW INHUMATE

Interviewer : Apotre
Interviewé : Fred
Date : 07/08/2005
Lieu : Par mail
Photos : site officiel

Pogoslam : Bonjour à vous Inhumate, pouvez-vous rapidement présenter le groupe, pour les gens qui ne vous connaissent pas encore ?
Fred : Bonjour à toi Gilles. Bon, eh bien Inhumate est un groupe de grind / death de Strasbourg. On est 4 : Christophe au chant, David à la guitare, Yannick à la batterie et moi (Fred) à la basse. Nous jouons sous cette formation depuis 1994 (les origines du groupes remontant elles à fin ’90) et nous avons sorti 2 démos et 4 albums en autoproduction complète. Niveau concert nous avons dépassé la centaine et avons joué dans une dizaine de pays européens. Voilà une présentation très très rapide.


Le 15 Octobre prochain, vous fêterez vos quinze ans d’existence en compagnie de Mumakil, Ingrowing et Deranged. Quel regard portez-vous sur le parcours accompli et qu’est-ce que vous changeriez si vous pouviez revenir en arrière ?
Ben on porte forcément un regard attendri sur notre passé. Je dis ça parce qu’aucun de nous aurait pensé que l’aventure puisse durer aussi longtemps. Certes le groupe à 15 ans mais ce qui est le plus extraordinaire c’est surtout la longévité du line up : 11 ans. Et franchement si nous devions revenir en arrière je ne vois pas bien ce que nous devrions changer parce que je pense que notre petite carrière est malgré tout une réussite. Niveau musical et artistique je ne peux pas juger et puis ce n’est pas à moi de le faire de toute façon, mais au niveau humain, je pense que tous les 4 on a beaucoup appris parce que c’est un peu comme une vie parallèle, on vit tous les 4 des vies différentes et au sein de celles-ci on a tous les 4 une parenthèse commune : le groupe. Et pour que cette parenthèse dure si longtemps il a bien fallu que nous y mettions tous du notre, tant en compromis, qu’en coup de gueule…


Vous revendiquez haut et fort votre appartenance à la scène underground, dont vous êtes d’ailleurs l’un des fervents défenseurs. Mais est-ce que cela signifie que vous resterez toujours autoproduit, ou bien pourriez-vous, dans un futur plus ou moins proche, signer sur un label X ou Y qui vous aurait préalablement proposé une offre intéressante pour votre carrière ?
Nous nous proclamons underground dans le sens ou nous n’oublions pas d’où nous venons, et que pour nous il fait aussi partie de notre "devoir" d’aider ceux qui nous suivent. Trop de groupes grimpent les échelons de la notoriété, de la reconnaissance (enfin je sais pas trop comment appeler ça) et du coup n’ont qu’un regard condescendant sur les jeunes formations qui viennent leur demander des conseils. Personnellement cette attitude du chacun sa merde me révolte !!! Et je pense que c’est en ça qu’on se proclame underground. Et parallèlement à cela, le fait qu’on soit toujours autoproduits rajoute à cette éthique underground. Alors cette autoproduction forcenée n’est pas là par dépit, parce qu’après 4 albums nous avons eu des propositions, mais le problème est qu’elles sont toujours tombées après que nous ayons été capable de faire les choses nous-mêmes. Donc forcément perdre quelque chose en faveur de quelqu’un qui fait des choses moins bien que soit, quel en est l’intérêt…

Ceci dit on ne refuse pas toute signature sur un label, si demain un label venait avec quelque chose qui puisse nous satisfaire, je pense que nous y réfléchirions et serions prêts à signer. Mais je dis bien qu’il faut que cela nous convienne, autant dire que c’est impossible à trouver, tant il nous paraît évident que la vocation même d’un label est à l’encontre de notre vision de la musique, mais on peut rêver non …


Abstract Suffering, qui est votre première démo, portait les signes visuels classiques de la scène extrême (croix à l’envers sur le logo, zombie, aspect gore etc ). Or aujourd’hui si on regarde vos paroles ou même l’univers qui vous entoure, on remarque que vous parlez d’amour, d’amitié, de respect et de choses finalement très éloignées de vos débuts ainsi que de ce que font la majorité des groupes de Grind d’ailleurs. Comment expliquez vous ce revirement ? Et est-ce que vous ne trouvez pas ça paradoxal, dans une musique aussi brutale que la votre, surtout quand on regarde vos prestations scéniques qui sont tout de même assez extrême? (Christophe qui se casse le micro sur la tête jusqu’au sang par exemple ).
Je ne pense pas que tout cela soit contradictoire. Abstract Suffering date de 1993, et à cette époque là Inhumate n’avait pas encore "l’âme" qu’a le groupe actuellement. On était un groupe de death metal qui suivait la vague Cannibal Corpse / Brutal Truth / Napalm Death et voilà. On ne se posait pas plus de question que ça. Ensuite, avec le temps tu te mets quand même à réfléchir au pourquoi des choses et du coup un concept est né (on l’abordera plus tard me semble-t-il…), une vision de la musique et du groupe s’est faite et on s’est rendu compte que faire de la musique pouvait avoir une autre vocation que celle d’exutoire des pulsions morbides, en gros ce que font les groupes death ou de défouloir à idées politiques ce que font les groupes de hardcore.

Donc le concept a petit à petit servi de cadre aux artworks de nos albums, quant à l’attitude scénique, la "stage trance", elle est certainement pour nous la concrétisation des pulsions violentes qui sont en nous. Mais des pulsions à prendre dans une acception positives. Non pas de pulsions de haine ou de violence gratuite, ce sont les mêmes pulsions que celles que dégage un sportif je pense. Voilà, c’est ceci, je pense, qui peut expliquer l’énergie ultime dégagée par Christophe sur scène.

Vous préparez en autoproduction (comme toute votre œuvre d’ailleurs ) votre cinquième album The Fifth Season et encore une fois vous allez vous occupez de toute la partie enregistrement, mais aussi de la partie distribution/promo qui demande énormément de temps et de moyens. Comment faites-vous pour gérez travail, famille (nombreuse dans ton cas ) et Inhumate ?
Pour pouvoir tout gérer de front on se partage les tâches. David est le principal compositeur,Yannick s’occupe de notre distro (qui est en fait notre moyen de faire rentrer l’argent nécessaire au pressage des CD, à la promo, au merchandising, etc…), Christophe fait les public relations ( !) et enfin moi je fais le boulot de promotion. L’ensemble de ces tâches ne pourrait pas être assurée par une seule personne, à moins d’être rentier, c’est pour ça qu’on a tout saucissonné, en ensuite ben c’est à chacun de gérer son temps comme il le veut du moment que les choses soient faites.
Personnellement Inhumate et tout ce qui tourne autour est mon seul hobby, j’y consacre tout mon temps libre après ma vie de famille et mon boulot. C’est très fastidieux et pas grand monde comprend cet acharnement, mais c’est comme ça, on ne se refait pas hein !



Depuis le split de Depraved et de Byatis, vous êtes maintenant l’un des seuls groupes autoproduit des années 90 encore actif. Comment voyez vous l’avenir de la scène underground française et plus globalement l’avenir de la scène metal ?
La scène underground a de beaux jours devant elle à mon avis. Et cela tout simplement parce que de plus en plus les gros labels sont frileux. Ce que je comprends parce que maintenant quand un label signe un groupe il faut vraiment que celui-ci rapporte de l’argent et c’est pas évident avec le piratage et le p2p… Donc je pense que ça va être de plus en plus dur pour les groupes de trouver des contrats intéressants et fatalement cela induit que l’autoproduction va augmenter donc une scène underground (ce qui veut dire de petits groupes, petits par la notoriété mais parfois énormes par le talent !!!) vivante et active. En face la scène commerciale va se rétrécir et seuls quelques grands noms vont subsister et c’est déjà plus ou moins ce qui se passe me semble-t-il. Autre fait qui fait que la scène underground prospère c’est la facilité d’enregistrement, tous les groupes peuvent enregistrer quelque chose de plus ou moins potable à moindre frais, du coup ça motive ! Et pour revenir à ta question, l’avenir de la scène metal en général je n’en ai aucune idée tout simplement parce que je ne suis pas l’actualité. Je ne connais pas les tendances actuelles, et elles ne m’intéressent pas. Mais le metal est devenu un genre musical à part entière, donc il n’y a aucune raison qu’il disparaisse, tout au plus va-t-il évoluer dans des voies qui seront ce qu’elles seront mais qui risquent a priori pas de me plaire, je suis narrow minded de ce coté là …


Vous avez partagé des affiches avec des centaines de groupes différents, comment trouvez-vous le niveau des groupes français par rapport à leurs voisins européens et américains et comment expliquez vous que le métal rassemble si peu de monde en France ?
Sincèrement les groupes français n’ont absolumeent rien à envier aux groupes étrangers, en tout cas techniquement, scéniquement, etc… Par contre il est vrai que la France a toujours un train de retard. Alors que maintenant dans le death metal (ce que je connais plus ou moins le mieux) la tendance est déjà depuis plusieurs années au style death US, c'est-à-dire avec des voix méga gutturales, des riffs à peine compréhensibles et une batterie qui blaste a tout va (et ce type de groupes on en trouve à la pelle eaux US – bien sûr – mais aussi en Allemagne, en Asie, etc…) eh bien la France continue de proposer des groupes qui jouent du death metal plutôt tendance old school.
A part Gorgasm (de Bordeaux il me semble) et Dvorhead (du côté de Metz) je ne connais aucun groupe français qui tape dans cette vague death US (enfin si il y en a l’un ou l’autre mais ils semblent ne vouloir jouer que devant leurs potes et ne font aucune promo, donc…)… Et fatalement du coup la France se trouve marginalisée sur la scène underground… Bon, alors d’après ce que je lis ou j’entends à droite ou à gauche notre scène black est assez intéressante, alors disons que c’est déjà pas mal…

Ceci dit, il y a quand même des groupes qui arrivent à s’exporter, nous par exemple, mais aussi Lex Talionis qui joue pas mal à l’étranger. Des groupes comme Warscars vont à mon avis aussi avoir une petite carrière extra muros qui les attend.
Sinon pourquoi le metal est-il aussi peu populaire, ben je pense que c’est peut-être parce que nous sommes "atins" et que le metal serait plutôt une musique anglo-saxone ou germanique… Enfin, voilà, c’est une explication qui en vaut une autre, en fait je ne sais pas… Mais c’est vraiment hallucinant comme en France le Fury Fest est l’événement metal alors qu’en Allemagne par exemple il y a tous les étés au moins 15 ou 20 festivals beaucoup plus importants et ce depuis des années… Et là il est question de deux pays limitrophes à la culture sensiblement identique…


Votre concept est de représenter la vie au travers de sept albums ( votre fameuse heptalogie ). Or 4 ans se sont écoulés entre la sortie de Growth et celle de Life. Il vous reste encore 3 albums à faire et si on se base sur une moyenne de 4 ans, vous aurez tous la quarantaine bien tassée à la fin de votre heptalogie. Pensez-vous que vous arriverez à finir votre œuvre ?
Ah, ah, ah… On verra bien. Après tout ce n’est pas l’âge qui fait les choses, Lemmy a bien plus de 60 ans et c’est le rock personnifié ce type, donc. Tu sais au début j’avais un peu peur que les choses n’aillent pas assez vite, qu’on nous oublie d’un album sur l’autre, etc… Mais à grands renforts de promos je me rends compte que malgré peu de concerts et des soties d’album de plus en plus espacées notre nom circule toujours assez bien et donc "y a pas le feu au lac", comme dirait l’autre et on préfère sortir un album de bonne qualité et bien rempli (plus de 30 minutes de musique sans intro, sans outro et sans interludes merdiques qui servent à rien) que sortir un album tous les an et demi qui serait bâclé, dont la durée serait de 25 minutes et où on rajouterait une tonne de samplers pour passer le cap fatidique des 30 minutes (et les exemples ne manquent pas… Jetez un œil à votre CDthèque…)


Vous êtes devenu une icône incontournable en Alsace (et ailleurs), il n’y a qu'à voir le nombre de gens, aussi bien jeunes que plus agés, qui portent vos t-shirts ou achètent vos productions, pour se rendre compte qu’une véritable communauté s’est doucement réuni autour de vous. N’est ce pas là, le symbole immuable d’une réussite méritée par la sueur de vos fronts ?
Ben si tu le dis je te crois avec plaisir. C’est un peu comme quand on nous affichait comme groupe "culte" sur une affiche il y a peu. Bon, ce serait hypocrite de ne pas reconnaître qu’on a une certaine notoriété, mais de là à la jauger, c’est difficile et ça l’est d’autant plus quand les gens emploient des termes tels que "culte" ou " icône"… Ceci dit c’est vrai que depuis presque 10 ans je fournis un travail ininterrompu de promotion forcenée et fatalement on a fini par toucher un public qui se reconnaît dans notre musique, nos idées, notre vision de la scène et c’est bien cool. Et là où nous sommes le plus fier, c’est que tous ceux qui achètent nos CD, ceux qui viennent à nos concerts, ceux qui nous soutiennent, ce sont toujours des gens que nous sommes allés chercher ou des gens qui ont fait l’effort d’aller vers Inhumate et en aucun cas ce ne sont des gogos qui se sont laissés attraper comme des mouches sur de la confiture par des pubs dans les magazines ou autre.

Comme le disait un ami il y a peu : les liens qui existent entre "notre public" et nous sont incroyablement basés sur l’affectif et ça j’en suis put*** de fier !!! Parce qu’on dépasse le cadre de la musique, on tombe dans les rapports humains et ces liens là sont de toutes façons bien plus importants et bien plus forts que ceux du simple auditeur avec du son derrière lequel il y a souvent un artiste (et des musiciens occultes…).

Nombres de jeunes formations vous prennent comme exemple, quel(s) conseil(s) voulez vous leur donner ?
Arbeit, arbeit, arbeit !!! Il n’y a que le travail qui paye, ne pas essayer d’avancer par "plans", genre un bon plan pour ceci ou un bon plan pour cela… A longue échéance ça ne fonctionne pas. Par contre le travail et le désir de professionnalisme est toujours payant à l’arrivée. Ceci dit je suis bien conscient que pour y arriver il faut le minimum et ce minimum c’est malgré tout un line up stable, et pour ça je n’ai pas de recette, malheureusement. Mais je reste persuadé qu’un groupe avec un line up stable et des mecs motivés peut arriver à se faire une petite carrière bien sympathique, parce qu’au fon le seul but c’est de se faire plaisir non ?

Merci pour cet interview, et bonne continuation ! Nous vous laissons le mot de la fin
Ben merci à toi Gilles pour cette interview bien sympathique. Donc pour finir je m’adresserai à tes lecteurs en leur rappelant que supporter ses groupes locaux c’est facile, c’est pas cher et ça peut très vite devenir super sympa !!! Sinon n’hésitez pas à passer par notre site www.inhumate.com ou à me contacter pour tout renseignement ! Chaque lettre, chaque e-mail aura sa réponse :

INHUMATE
C/o Fred ANTON
19 rue de spaturages
67310 ZEINHEIM
FRANCE
inhumategrind@wanadoo.fr


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